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01.09.2006

Les tribulations du mot "Libéralisme"

  Un Américain "liberal" est un social-étatiste, voire un gauchiste tandis qu'un Américain conservateur est libéral dans l'acception classique de ce terme en Europe.  Il faut aussi faire très attention à ne pas confondre le mouvement "new conservative" et les néo conservateurs, les premiers étant d'authentiques conservateurs, les autres, des libéraux au sens français. Cette confusion est due au détournement de sens subi dès le milieu du 19e siècle par le libéralisme dans la sphère intellectuelle et politique anglo-saxonne surtout américaine, où ne s'est pas développée une tendance fortement dominante crypto-marxiste comme en France. En Europe continentale, des courants libéraux souterrains ont cependant survécu pour renaître au milieu du 20e siècle avec l'Ecole Autrichienne qui a émigré au Etats Unis et refait briller le flambeau du libéralisme.  Mais le "libéralism" ayant pris un autre sens entre temps et dans l'impossibilité de récupérer le mot dans son acception d'origine, et ce, malgré les tentatives de Hayek, il a fallu se résoudre à trouver d'autres appellations.  "Libertarien" ayant une connotation très libertaire ne faisait pas l'unanimité et était réservé à  des courants très individualistes.  Faute de mieux on utilise le terme de néo conservateurs qui n'est guère plus satisfaisant.  Le libéralisme associé aux qualificatifs de classique, nouveau ou moderne n'a pas pris non plus Outre Atlantique.

  Ceci prête à confusion dans les traductions mal faites ou la lecture de textes en anglais car on ne sait plus à quelle sorte de libéralisme on a affaire. D'où des tentatives insidieuses de dévoyer encore le sens du mot et de transiger avec les libertés individuelles. Le remarquable ouvrage d'Alain Laurent "Le Libéralisme américain" retrace l'histoire de ces glissements de sens et des courants de pensée politique des deux côtés de l'Atlantique. Il est essentiel de bien connaître cette histoire pour bien comprendre l'essence profonde du libéralisme et ne pas se laisser séduire par les sirènes de la pseudo solidarité étatiste ou de la "fraternité" collectiviste.  La gauche a diabolisé le libéralisme et l'a affublé du qualificatif d'"ultra" tout comme le capitalisme est toujours "sauvage".  On le ressasse à tout bout de champ et ça rentre dans les têtes, surtout celles que préfèrent ne pas penser.  N'oublions pas que pour l'instant, c'est la gauche qui a gagné la bataille des mots; mais gagner une bataille n'est pas gagner la guerre.  Une connaissance approfondie et un pouvoir d'analyse percutant (ça s'apprend!) nous rendront la liberté intellectuelle.

 

Eliette